CIR ou CII : la différence tient en une phrase
Vous développez un produit, un logiciel, un procédé, et une question revient sans cesse : est-ce que vos travaux relèvent du Crédit d’Impôt Recherche (CIR) ou du Crédit d’Impôt Innovation (CII) ? La confusion est normale. Les deux dispositifs partagent le même article de loi, le même formulaire, la même administration. Et pourtant, ils ne récompensent pas la même chose, ni au même taux, ni pour les mêmes entreprises.
La frontière est plus nette qu’elle n’en a l’air, une fois qu’on l’a expliquée correctement. Elle tient en une phrase que vous pouvez garder en tête tout au long de cette page. Le CIR finance la levée d’une incertitude scientifique ou technique (la recherche). Le CII finance la mise au point d’un produit nouveau qui surpasse ce qui existe sur le marché (l’innovation), même sans verrou scientifique.
Ci-dessous : un tableau comparatif complet, un cas concret entièrement chiffré d’un projet qui passe du CIR au CII, un arbre de décision, et la mise à jour 2025-2026 des taux — parce que le CII a baissé, et que cela change vos calculs.
Mise à jour : 6 juillet 2026. Chiffres établis à partir de l’article 244 quater B du CGI, du BOFiP et de la loi de finances 2025. Les taux susceptibles d’évoluer à chaque loi de finances sont signalés dans la section « Ce qui a changé en 2025-2026 » et sourcés en fin de page (voir notre méthodologie de sourçage).
La réponse en 30 secondes : le tableau comparatif CIR vs CII
Si vous êtes pressé, tout est là. On développe chaque ligne dans la suite de la page.
| Critère | CIR — Crédit d’Impôt Recherche | CII — Crédit d’Impôt Innovation |
|---|---|---|
| Objet financé | La recherche : lever une incertitude scientifique ou technique (R&D au sens du manuel de Frascati) | L’innovation : concevoir un produit nouveau plus performant que le marché (prototype, installation pilote) |
| Phase du projet | Amont : recherche fondamentale, appliquée, développement expérimental | Aval : après la R&D, conception/prototypage d’un produit non encore commercialisé |
| Bénéficiaires | Toute entreprise soumise à l’IS ou à l’IR (BIC), quelle que soit sa taille | PME au sens européen uniquement (règlement UE n° 651/2014) |
| Taux (métropole) | 30 % jusqu’à 100 M€ de dépenses, 5 % au-delà | 20 % des dépenses éligibles |
| Plafond de dépenses | Pas de plafond global (le taux passe à 5 % au-delà de 100 M€) | 400 000 € de dépenses par an |
| Crédit maximum | Non plafonné en montant | 80 000 € par an (20 % de 400 000 €) |
| Taux Outre-mer (DOM) | Se reporter au BOFiP | 60 % |
| Taux Corse | Taux de droit commun | Taux spécifiques possibles (voir le BOFiP) |
| Régime d’aide d’État (UE) | Se reporter au BOFiP | RGEC — règlement (UE) n° 651/2014 (et non de minimis) |
| Personnel exigé | Chercheurs et techniciens de recherche (ingénieurs, docteurs, profils scientifiques) | Aucun niveau de diplôme imposé |
| Sous-traitance | Organismes publics + privés agréés par le MESR, dans des plafonds spécifiques | Encadrée, prestataires éligibles (à qualifier au cas par cas) |
| Nature du livrable | Connaissances nouvelles, levée d’un verrou | Produit (bien) nouveau ; les services purs et les procédés en sont exclus |
| Forfait de fonctionnement | 40 % des dépenses de personnel (depuis le 15/02/2025) + 75 % des dotations aux amortissements | Modalités propres au CII (voir le BOFiP) |
| Formulaire déclaratif | 2069-A-SD | 2069-A-SD (le même) |
| Base légale | Art. 244 quater B du CGI | Art. 244 quater B du CGI |
| Échéance du dispositif | Pérenne (pas de date de fin) | Prorogé jusqu’au 31/12/2027 |
| Cumul | Cumulable avec le CII — mais jamais les mêmes dépenses deux fois | Cumulable avec le CIR — règle anti-double-comptage |
Retenez surtout quatre écarts : le CII est réservé aux PME, il est plafonné à 400 000 € de dépenses (soit 80 000 € de crédit), son taux (20 %) est inférieur à celui du CIR (30 %), et il relève du régime européen RGEC. Un euro de dépense « bien classé » ne rapporte donc pas la même chose selon le dispositif. C’est exactement pour cela que la qualification de vos travaux compte autant.
Le CIR : financer la recherche et la levée d’incertitude
Le Crédit d’Impôt Recherche est l’un des dispositifs fiscaux les plus puissants en faveur de la R&D en France. Il ne s’adresse pas qu’aux laboratoires en blouse blanche : une entreprise industrielle, un éditeur de logiciels, une biotech, un bureau d’études peuvent tous en bénéficier, à condition de mener de la recherche au sens fiscal du terme.
Ce que « recherche » veut dire aux yeux du fisc
L’administration s’appuie sur une définition internationale, le manuel de Frascati de l’OCDE, repris par le BOFiP. La R&D éligible couvre trois catégories :
- la recherche fondamentale : acquérir des connaissances nouvelles sans application pratique immédiate ;
- la recherche appliquée : viser un objectif pratique précis à partir de ces connaissances ;
- le développement expérimental : utiliser des travaux existants pour concevoir de nouveaux produits, procédés ou services, ou les améliorer substantiellement.
Le fil rouge des trois, c’est l’incertitude. Pour être éligible au CIR, votre projet doit chercher à résoudre un verrou scientifique ou technique qu’un professionnel du domaine, avec l’état de l’art disponible, ne saurait pas franchir de façon évidente. Si la solution était accessible en lisant la documentation, en achetant un composant sur étagère ou en appliquant des techniques connues, ce n’est pas de la recherche : c’est de l’ingénierie courante, et le CIR ne s’applique pas.
Le BOFiP décrit cinq critères qui aident à trancher : la nouveauté, la créativité, l’incertitude quant au résultat, le caractère systématique de la démarche, et la transférabilité/reproductibilité des résultats. En pratique, la question qui fait la différence est toujours la même : y a-t-il un doute réel, documenté, sur la faisabilité, qu’aucune solution existante ne lève ?
Qui peut prétendre au CIR
Le CIR est ouvert à toute entreprise imposée à l’impôt sur les sociétés (IS) ou à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des BIC (bénéfices industriels et commerciaux), quel que soit son secteur — industriel, commercial, agricole. Pas de condition de taille. Une multinationale et une TPE de trois personnes accèdent au même dispositif, au même taux de 30 % sur la première tranche de dépenses. C’est une différence majeure avec le CII.
Les dépenses éligibles au CIR (et ce que la LF 2025 a changé)
Les dépenses éligibles au CIR comprennent notamment :
- les rémunérations des chercheurs et techniciens affectés aux travaux (profils de recherche : ingénieurs, docteurs, techniciens qualifiés) ;
- un forfait de frais de fonctionnement égal à 40 % des dépenses de personnel depuis la loi de finances 2025 (pour les dépenses exposées à compter du 15 février 2025 ; il était de 43 % auparavant), auquel s’ajoute 75 % des dotations aux amortissements des immobilisations affectées à la recherche ;
- les dotations aux amortissements du matériel de recherche ;
- la sous-traitance à des organismes publics ou à des prestataires privés agréés par le ministère de la Recherche (MESR), retenue dans des plafonds spécifiques qui varient selon les cas (voir le BOFiP et notre guide de l’agrément CIR) ;
- les frais de prise, de maintenance et de défense de brevets, qui restent éligibles ;
- la veille technologique (plafond usuel de 60 000 € par an), qui reste éligible.
On retrouve tout le détail du calcul dans notre guide complet du CIR et notre méthode de calcul du CIR.
Le CII : financer l’innovation produit des PME
Le Crédit d’Impôt Innovation est plus récent et beaucoup plus ciblé. Il a été conçu pour un angle mort du CIR : les PME qui n’entrent pas dans la recherche pure, mais qui conçoivent des produits nouveaux et compétitifs. Autrement dit, l’innovation qui commence là où la recherche s’arrête.
Ce que « innovation » veut dire, précisément
Le CII finance la conception de prototypes ou d’installations pilotes d’un produit nouveau, en aval de la R&D. Le mot « nouveau » a un sens strict, défini par le BOFiP : le produit ne doit pas être encore disponible sur le marché et doit se distinguer des produits existants par des performances supérieures sur le plan technique, des fonctionnalités, de l’écoconception ou de l’ergonomie. La référence n’est pas votre catalogue : c’est l’état du marché. Un produit qui existe déjà chez un concurrent, même si vous le développez pour la première fois de votre côté, n’ouvre pas droit au CII.
Point capital, trop souvent passé sous silence : le CII vise des biens (produits), pas des services purs, et pas non plus les simples procédés de fabrication. Un nouveau service, une nouvelle organisation, un procédé industriel amélioré ne rentrent pas dans la case CII. Cette restriction est la source d’un grand nombre de dossiers refusés. Détail complet sur notre page dédiée au crédit d’impôt innovation.
Qui peut prétendre au CII : PME au sens européen, obligatoirement
C’est le premier filtre, et il est rédhibitoire. Le CII est réservé aux PME au sens communautaire, définies par l’annexe I du règlement européen n° 651/2014. Une entreprise est une PME si elle remplit les deux conditions cumulatives suivantes :
- elle emploie moins de 250 personnes ;
- et elle réalise un chiffre d’affaires annuel ≤ 50 M€ ou présente un total de bilan ≤ 43 M€.
À cela s’ajoute une condition d’indépendance du capital : l’entreprise ne doit pas être détenue à 25 % ou plus par une ou plusieurs entreprises qui ne sont pas elles-mêmes des PME. Ce point piège beaucoup de filiales de groupes : sur le papier la filiale est petite, mais son capital appartient à un grand groupe, et les effectifs et chiffres d’affaires des sociétés liées se consolident dans le calcul. Résultat, elle dépasse les seuils et perd le CII — alors qu’elle garde le CIR, lui sans condition de taille.
Bonne nouvelle en revanche du côté du personnel : le CII n’impose aucun niveau de diplôme. Là où le CIR attend des chercheurs et des ingénieurs, le CII valorise le temps passé par vos équipes de conception (designers, développeurs, chefs de produit) sur le prototypage, sans exiger de docteur ni d’ingénieur. Les dépenses éligibles couvrent le personnel affecté à la conception du prototype, les amortissements du matériel dédié, certains frais de propriété industrielle liés au nouveau produit et de la sous-traitance encadrée.
L’encadrement européen : le RGEC (et non le de minimis)
Un point technique important, et souvent mal rapporté : le CII est placé sous le régime général d’exemption par catégorie (RGEC), défini par le règlement (UE) n° 651/2014. Ce n’est pas un dispositif « de minimis ». La nuance a des conséquences concrètes sur le cumul avec d’autres aides publiques et sur les plafonds d’aide applicables à votre entreprise. En cas de projet cofinancé (subventions, aides régionales, prêts bonifiés), faites vérifier l’articulation des régimes d’aide d’État avant de sécuriser votre plan de financement.
Les 6 vraies différences, une par une
Le tableau va vite. Voici ce qu’il faut vraiment comprendre derrière chaque ligne.
1. La nature des travaux : incertitude vs nouveauté. C’est la différence-mère, celle dont découlent toutes les autres. Le CIR répond à la question « sait-on faire ? » (verrou technique, doute sur la faisabilité). Le CII répond à la question « existe-t-il déjà mieux sur le marché ? » (nouveauté et performance). On peut innover sans faire de recherche — améliorer nettement un produit avec des briques technologiques connues. Et on peut faire de la recherche sans jamais commercialiser quoi que ce soit.
2. Les bénéficiaires : tout le monde vs les PME seules. Le CIR ignore la taille de l’entreprise. Le CII la met au centre. Une ETI ou un grand groupe qui conçoit un produit nouveau n’a pas droit au CII — il devra soit rattacher ces travaux au CIR (si le critère d’incertitude est rempli), soit renoncer à tout crédit sur cette phase.
3. Le taux : 30 % vs 20 %. Sur la première tranche, le CIR rembourse 30 % des dépenses, le CII seulement 20 %. À dépense égale et bien qualifiée, le CIR est donc mécaniquement plus généreux. Ce n’est pas un détail : c’est souvent l’argument qui pousse à bien défendre la part « recherche » d’un projet mixte.
4. Le plafond : illimité vs 400 000 €. Le CIR n’est pas plafonné en montant (le taux passe simplement à 5 % au-delà de 100 M€ de dépenses — un seuil que quasiment aucune PME n’atteint). Le CII, lui, est plafonné à 400 000 € de dépenses par an, soit 80 000 € de crédit maximum. Au-delà, vos dépenses d’innovation ne produisent plus rien. Ce plafond change complètement la logique de calcul quand un projet grossit.
5. Le personnel : chercheurs vs équipe de conception. Le CIR attend des profils de recherche (le temps d’un ingénieur ou d’un docteur, avec un forfait de fonctionnement adossé à sa rémunération). Le CII ouvre la porte à toute l’équipe de conception, sans exigence de diplôme. Pour une PME du numérique dont l’équipe n’a pas de docteur mais conçoit un produit inédit, cette souplesse est décisive.
6. Le livrable : connaissances vs produit. Le CIR produit des connaissances nouvelles et la levée d’un verrou (peu importe qu’un produit sorte au bout). Le CII produit un prototype ou une installation pilote d’un bien nouveau destiné à être commercialisé. Le CIR peut échouer scientifiquement et rester éligible ; le CII, lui, est orienté produit et marché.
La frontière pratique : à quel moment la R&D « s’arrête » ?
C’est LE point de douleur des déclarants. Voici la règle de bon sens que retient l’administration.
Tant qu’il subsiste un doute scientifique ou technique documenté que l’état de l’art ne permet pas de lever, vous êtes en R&D → CIR. Le jour où ce verrou est levé — la faisabilité est démontrée, la connaissance nouvelle est acquise — la recherche s’arrête, même si le produit n’est pas fini. Ce qui reste ensuite (industrialiser, prototyper la version commerciale, peaufiner l’ergonomie, optimiser sans incertitude scientifique) relève de l’innovation → CII, si l’entreprise est une PME et si le produit est nouveau pour le marché.
Concrètement : la mise au point d’un algorithme dont personne ne sait s’il peut atteindre la performance visée = recherche (CIR). L’intégration de cet algorithme, une fois éprouvé, dans une interface produit soignée et inédite = innovation (CII). La bascule ne dépend pas du calendrier : elle dépend du moment où l’incertitude disparaît.
Le cas fil rouge chiffré : un même projet, du CIR au CII
Rien ne vaut un exemple complet. Prenons Nova Diagnostics, une PME de 18 salariés (cas fictif, chiffres arrondis à visée pédagogique) qui veut lancer un dispositif de détection médicale portable. Le projet dure deux ans et change de nature en cours de route.
Année N — phase recherche → CIR
L’équipe se heurte à un vrai verrou : aucune méthode connue ne permet de miniaturiser le capteur tout en gardant la précision d’un appareil de laboratoire. Personne, dans l’état de l’art, ne sait si c’est faisable. C’est de la recherche : incertitude technique réelle, démarche expérimentale, résultat non garanti. Dépenses de R&D éligibles : 200 000 € (deux ingénieurs, un forfait de fonctionnement, des amortissements de matériel de test, une part de sous-traitance à un laboratoire agréé).
Calcul CIR : 200 000 € × 30 % = 60 000 € de crédit d’impôt au titre de l’année N.
En tant que PME, Nova Diagnostics n’attend pas trois ans : elle peut obtenir le remboursement immédiat de ce crédit (voir plus bas). 60 000 € de trésorerie récupérés sur une phase qui, elle, n’avait encore rien produit de commercialisable.
Année N+1 — phase innovation → CII
Le verrou est levé : la miniaturisation fonctionne, la connaissance est acquise. La recherche s’arrête ici. L’équipe passe à la conception du prototype du produit commercial : boîtier, interface utilisateur, ergonomie, version pilote testable auprès de premiers clients. Il n’y a plus d’incertitude scientifique — mais le produit fini n’existe nulle part sur le marché et surpasse l’existant. C’est de l’innovation. Dépenses de conception du prototype : 150 000 €.
Calcul CII : 150 000 € × 20 % = 30 000 € de crédit d’impôt au titre de l’année N+1. (On reste sous le plafond de 400 000 € de dépenses, donc rien n’est écrêté.)
Le bilan sur deux ans
| Année | Phase | Dépenses | Dispositif | Taux | Crédit obtenu |
|---|---|---|---|---|---|
| N | Recherche (levée du verrou) | 200 000 € | CIR | 30 % | 60 000 € |
| N+1 | Innovation (prototype produit) | 150 000 € | CII | 20 % | 30 000 € |
| Total | 350 000 € | 90 000 € |
90 000 € récupérés sur un même projet, en faisant travailler les deux dispositifs à la suite — chacun sur la phase qui le concerne. C’est là que se joue l’optimisation réelle : le chaînage CIR → CII, phase par phase, plutôt qu’un choix binaire une fois pour toutes.
Petit test grandeur nature : la qualification vaut de l’argent
Reprenez les 200 000 € de l’année N. S’ils avaient été qualifiés en innovation au lieu de recherche, le calcul aurait donné 200 000 € × 20 % = 40 000 €, contre 60 000 € en CIR. 20 000 € d’écart, pour la même dépense. Et si le montant d’innovation avait dépassé le plafond — disons 500 000 € de dépenses de prototypage — le CII aurait écrêté à 400 000 €, soit 80 000 € maximum, quand le CIR, lui, aurait rendu 150 000 €. La leçon : bien qualifier ses travaux n’est pas un exercice administratif, c’est ce qui détermine le montant du chèque. Vous pouvez tester vos propres montants dans notre simulateur de crédit d’impôt recherche.
Arbre de décision : CIR ou CII pour mon projet ?
Posez-vous les questions dans cet ordre. La première réponse « oui » vous oriente.
-
Mes travaux visent-ils à lever une incertitude scientifique ou technique qu’aucune solution existante ne permet de résoudre ?
- Oui → vous êtes en R&D. Direction CIR (quelle que soit la taille de l’entreprise). Fin du parcours pour cette dépense.
- Non / plus maintenant → passez à la question 2.
-
Suis-je une PME au sens européen (< 250 salariés, CA ≤ 50 M€ ou bilan ≤ 43 M€, capital indépendant) ?
- Non → pas de CII possible. Si aucune incertitude scientifique, ces travaux n’ouvrent droit à aucun crédit d’impôt. Fin du parcours.
- Oui → passez à la question 3.
-
Est-ce que je conçois un produit (un bien) nouveau, non encore commercialisé, plus performant que ce qui existe sur le marché — via un prototype ou une installation pilote ?
- Oui → direction CII (20 %, plafond 400 000 €).
- Non (service pur, procédé, produit déjà sur le marché, simple amélioration mineure) → ni CIR ni CII sur cette dépense.
Ce logigramme règle la grande majorité des situations. Les cas restants — projets mixtes, sous-traitance, situations sectorielles limites — méritent un regard d’expert, et c’est précisément là qu’un diagnostic d’éligibilité fait gagner du temps et sécurise le dossier.
Peut-on cumuler le CIR et le CII ? Oui, et voici comment
C’est l’une des questions les plus fréquentes, et la réponse est oui — les deux dispositifs sont complémentaires, pas concurrents. Le CIR couvre l’amont (la recherche), le CII couvre l’aval (l’innovation produit). Une même entreprise, sur un même exercice, peut très bien déclarer une part de ses dépenses en CIR et une autre en CII. Elle les additionne d’ailleurs sur le même formulaire, le 2069-A-SD.
Mais il y a une règle d’or, non négociable : interdiction d’imputer deux fois la même dépense. C’est la règle anti-double-comptage. Un euro de salaire, un amortissement, une facture de sous-traitance ne peut figurer qu’une seule fois, dans un seul des deux dispositifs. Le fisc y est très attentif en contrôle.
Exemple de cumul sur un même exercice
Imaginons une PME qui, la même année, mène de front deux volets :
| Volet | Nature | Dépenses | Dispositif | Crédit |
|---|---|---|---|---|
| A | Recherche (verrou technique) | 120 000 € | CIR 30 % | 36 000 € |
| B | Prototype d’un produit nouveau | 80 000 € | CII 20 % | 16 000 € |
| Total | 200 000 € | 52 000 € |
Chaque dépense est affectée à un seul volet. Le développeur qui a travaillé sur le verrou technique compte dans le volet A ; celui qui a conçu le prototype d’interface compte dans le volet B. Aucun temps, aucune facture n’est comptée deux fois. En pratique, cela suppose un cloisonnement rigoureux des dépenses : une comptabilité analytique par projet et par phase, des feuilles de temps qui distinguent recherche et conception. C’est le prix de la sécurité en cas de contrôle.
Le traitement fiscal en aval est identique pour les deux
Une fois calculé, CIR et CII s’utilisent exactement de la même manière. Le crédit s’impute d’abord sur l’impôt sur les sociétés (ou l’IR) dû au titre de l’année. Si l’entreprise n’a pas assez d’impôt pour l’absorber, l’excédent est reporté sur les trois années suivantes, puis remboursé s’il en reste.
Et surtout, certaines entreprises n’attendent pas trois ans : le remboursement immédiat de la créance est accordé aux PME au sens communautaire, aux jeunes entreprises innovantes (JEI) et aux entreprises nouvelles, ainsi qu’à certaines autres entreprises prévues par la loi. C’est un levier de trésorerie considérable pour une jeune société qui ne paie pas encore d’impôt : le crédit devient un vrai chèque, pas une simple réduction d’impôt théorique.
Le lien avec le statut de Jeune Entreprise Innovante (JEI)
Le statut JEI n’est ni le CIR ni le CII : c’est un troisième dispositif, qui se combine aux deux. Une JEI est une PME récente qui consacre une part significative de ses charges à des travaux de R&D et respecte une condition d’indépendance du capital (conditions et seuils détaillés dans notre guide de la Jeune Entreprise Innovante). Ce statut ouvre principalement des exonérations de cotisations sociales patronales sur les personnels affectés à la R&D. Une même entreprise peut donc, la même année, être JEI (exonération de charges sur ses chercheurs), déclarer du CIR sur sa recherche et du CII sur son innovation produit. Les trois dispositifs s’empilent — chacun sur son assiette, sans double emploi. C’est la configuration idéale d’une jeune deep-tech ou d’un éditeur de logiciels en croissance.
Ce qui a changé en 2025-2026 (et pourquoi vos calculs bougent)
La fraîcheur est essentielle sur ce sujet : les taux ont bougé récemment, et beaucoup de pages en ligne affichent encore des chiffres périmés (on croise du CII « à 30 % » qui n’est plus d’actualité). Voici l’état 2026, tel qu’issu de la loi de finances 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) et de sa doctrine BOFiP (ACTU-2025-00105).
- Le CII est passé de 30 % à 20 %. Le taux avait été relevé à 30 % à titre temporaire ; il est redescendu à 20 % pour les dépenses engagées à compter du 1er janvier 2025. À dépenses égales, votre CII rapporte donc mécaniquement un tiers de moins qu’auparavant.
- Le CII est prorogé jusqu’au 31/12/2027. Le dispositif est prorogé jusqu’à fin 2027. Au-delà, sa reconduction dépendra d’une future loi de finances — rien n’est garanti à ce jour.
- Le forfait de frais de fonctionnement du CIR est ramené à 40 %. La part forfaitaire calculée sur les dépenses de personnel, qui était de 43 %, est abaissée à 40 % pour les dépenses exposées à compter du 15 février 2025. Le forfait sur les dotations aux amortissements (75 %) est distinct et s’y ajoute.
- Fin du régime « jeune docteur ». L’avantage qui permettait de compter double les dépenses de personnel d’un jeune docteur pendant 24 mois après son premier recrutement en CDI, assorti d’un forfait de fonctionnement majoré (200 %), a été supprimé par la loi de finances 2025 (art. 55) pour les dépenses exposées à compter du 15 février 2025. Le jeune docteur reste du personnel de R&D éligible, mais au taux normal et avec le forfait de fonctionnement de droit commun (40 %). Détails dans notre guide « CIR jeune docteur ».
- Le CIR reste à 30 % / 5 %. Le taux de base ne change pas : 30 % jusqu’à 100 M€ de dépenses de R&D, 5 % au-delà. C’est le socle stable du dispositif.
Ces évolutions ne changent pas la logique CIR/CII, mais elles changent les montants. Un calcul fait sur d’anciens taux vous donnera un résultat faux pour un exercice 2026. C’est pourquoi ce guide est millésimé et republié à chaque loi de finances.
Le cas du logiciel et du SaaS : où passe la frontière ?
C’est de loin le secteur qui pose le plus de questions, parce que le logiciel peut relever de l’un, de l’autre, ou des deux — parfois dans le même produit. La règle de partage est pourtant claire une fois posée.
Relève du CIR tout ce qui suppose un verrou technique ou algorithmique que l’état de l’art ne permet pas de lever : un nouveau modèle d’apprentissage automatique dont la performance n’est pas garantie, un moteur d’optimisation qui repousse les limites connues, une architecture distribuée pour laquelle aucune solution documentée n’existe. Bref, du code qui répond à un « on ne sait pas si c’est possible ».
Relève du CII ce qui apporte une nouveauté fonctionnelle ou d’usage sans incertitude scientifique : une interface inédite et nettement plus ergonomique, une combinaison de fonctionnalités que le marché ne propose pas, une expérience utilisateur qui surpasse les produits existants — le tout construit avec des technologies connues et maîtrisées.
Exemple parlant. Une PME développe un logiciel de gestion pour un métier de niche. Le moteur d’intelligence artificielle qui prédit les ruptures de stock, dont personne ne sait s’il atteindra la précision visée, relève du CIR. L’ergonomie repensée et le tableau de bord inédit qui rendent le produit plus performant que les logiciels concurrents relèvent du CII. Deux dispositifs, un seul produit, deux assiettes de dépenses séparées. À noter : la maintenance courante, la correction de bugs et les développements standards ne relèvent d’aucun des deux. On détaille tous ces cas dans notre page dédiée au crédit d’impôt pour le secteur du logiciel.
Les erreurs fréquentes (et comment les éviter)
Voici ce qui fait rater — ou pire, retoquer en contrôle — les dossiers CIR et CII.
- Confondre nouveauté « pour moi » et nouveauté « pour le marché ». Un produit déjà commercialisé ailleurs n’ouvre pas droit au CII, même si vous le développez pour la première fois. Le référentiel est toujours le marché, jamais votre entreprise.
- Le double-comptage. Imputer un même salaire ou une même facture à la fois en CIR et en CII. C’est la première chose que vérifie un contrôleur. Un euro, un dispositif.
- Oublier le filtre PME pour le CII. Une filiale de groupe se croit éligible parce qu’elle est petite, alors que la consolidation du capital la fait sauter au-dessus des seuils. Testez la condition d’indépendance avant tout calcul.
- Qualifier de la recherche ce qui est de l’ingénierie courante. Utiliser des techniques connues, intégrer des briques du commerce, résoudre un problème que l’état de l’art permet de résoudre : ce n’est pas de la R&D, et le CIR sera refusé faute de verrou démontré.
- Mettre un service ou un procédé dans la case CII. Le CII vise des biens (produits) nouveaux. Un service pur ou un procédé de fabrication n’y entre pas.
- La sous-traitance mal cadrée. Pour le CIR, la sous-traitance n’est éligible que si le prestataire est agréé par le MESR (organismes publics ou privés agréés), et dans des plafonds spécifiques. Une facture de prestataire non agréé, ou hors limites, est écartée.
- Négliger le dossier de justification technique. Le crédit se défend en contrôle par un dossier qui décrit l’état de l’art, les verrous, la démarche. Sans lui, même un vrai projet de R&D peut être remis en cause. Le rescrit et l’expertise du MESR existent justement pour sécuriser en amont.
Contrôle, rescrit et sécurisation : ce qu’il faut savoir
Sur le plan du contrôle, CIR et CII partagent le même cadre déclaratif — le formulaire 2069-A-SD — mais l’expertise diffère. L’administration fiscale peut solliciter le MESR pour évaluer la réalité scientifique et technique des travaux : c’est particulièrement vrai pour le CIR, où le cœur du sujet est l’incertitude scientifique. Pour sécuriser en amont, une entreprise peut demander un rescrit — une prise de position formelle de l’administration sur l’éligibilité de son projet, avant même de déclarer. C’est un filet de sécurité précieux sur les projets à fort enjeu ou aux frontières floues.
Le maître-mot, pour les deux dispositifs, est la traçabilité : documenter les travaux au fil de l’eau (dossier technique, feuilles de temps, justificatifs de dépenses) plutôt que de reconstituer un dossier a posteriori. Un crédit d’impôt bien documenté est un crédit d’impôt qui tient en contrôle.
En résumé
Le CIR et le CII ne se choisissent pas au feeling : ils se déduisent de la nature de vos travaux et de la taille de votre entreprise. Recherche avec incertitude scientifique → CIR, pour tout le monde, à 30 %. Innovation produit sans verrou scientifique → CII, pour les PME seulement, à 20 %, plafonné à 400 000 € de dépenses (60 % dans les DOM, régime RGEC). Un même projet peut mobiliser les deux, l’un après l’autre ou en parallèle, à condition de ne jamais compter deux fois la même dépense. Et depuis la loi de finances 2025, les taux ont bougé : recalculez avec les bons chiffres.
La qualification de vos dépenses n’est pas un formalisme : dans notre cas chiffré, elle valait 20 000 € sur une seule année. Faites d’abord une estimation avec le simulateur gratuit, parcourez le hub de guides pour approfondir, et si votre projet mêle recherche et innovation, faites-le qualifier par un œil expert via un diagnostic d’éligibilité.
Sources
- Article 244 quater B du Code général des impôts (Légifrance) — base légale commune du CIR et du CII.
- BOFiP — Aménagements de la loi de finances 2025 pour le CIR, le CIC et le CII (ACTU-2025-00105) — taux, forfait de fonctionnement, suppression du régime « jeune docteur ».
- BOFiP — CIR : dépenses de personnel et de fonctionnement — forfait de 40 % sur les dépenses de personnel et de 75 % sur les amortissements.
- BOFiP — CII : PME et dépenses d’innovation — définition du produit nouveau, prototypes et installations pilotes.
- economie.gouv.fr — Crédit d’impôt recherche (CIR) — présentation officielle du CIR.
- economie.gouv.fr — Crédit d’impôt innovation (CII) — taux 20 % métropole, 60 % Outre-mer, plafond 400 000 €, régime RGEC, échéance 31/12/2027.
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