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BOFiP et CIR : la doctrine fiscale du crédit d'impôt recherche, décodée

Toute la doctrine du crédit d'impôt recherche dans la série BOI-BIC-RICI, traduite en français clair : carte des textes, décodage des identifiants, opposabilité en contrôle et réforme issue de la loi de finances 2025.

Mis à jour le 2026-07-06

De « c’est le BOFiP qui le dit » à la maîtrise du texte

Mis à jour le 6 juillet 2026 — par la rédaction Crédit Impôt Recherche. Notre méthode de vérification des faits fiscaux est détaillée sur notre page méthodologie et notre identité éditoriale sur la page à propos.

Vous avez tapé « bofip cir » parce qu’à un moment donné, quelqu’un — votre expert-comptable, un vérificateur, un conseil — vous a dit : « ce n’est pas moi qui le dis, c’est le BOFiP ». Et là, vous êtes tombé sur un mur. Un mur administratif gris, truffé de numéros à rallonge du type BOI-BIC-RICI-10-10-20-30, sans une seule phrase pensée pour un dirigeant qui n’a pas fait dix ans de droit fiscal.

Nous avons lu ce mur en entier. Toute la doctrine du crédit d’impôt recherche, section par section. Et nous l’avons traduite. Dans ce guide, vous trouverez la carte complète de la série BOI-BIC-RICI qui contient le CIR, le décodage de ces fameux identifiants, un exemple chiffré que l’on fait à votre place, et surtout la réponse à la seule question qui compte vraiment : en cas de contrôle, laquelle de ces pages vous protège — et jusqu’où ?


Le BOFiP en 30 secondes

Le BOFiP, c’est le Bulletin Officiel des Finances Publiques – Impôts. Concrètement : la base unique et gratuite où l’administration fiscale publie sa lecture des textes. Pas la loi elle-même — l’interprétation que l’administration en fait, et qu’elle s’engage à appliquer.

Un peu d’histoire, parce qu’elle éclaire tout le reste. Avant 2012, la doctrine fiscale était éparpillée : instructions, circulaires, réponses ministérielles, documentation de base… un maquis. Le 12 septembre 2012, l’administration a tout fondu dans une seule base consolidée, en ligne, opposable : le BOFiP-Impôts. Depuis, chaque commentaire administratif porte un identifiant, une date, un permalien. Rien n’existe fiscalement « en dehors » du BOFiP : si une position n’y figure pas, elle n’engage pas l’administration.

Pour vous, dirigeant qui montez un dossier de crédit d’impôt recherche, retenez trois choses. Un : le BOFiP dit comment l’administration lit la loi sur le CIR. Deux : ce qu’il dit vous est opposable — il peut même vous protéger contre la loi elle-même, on y revient. Trois : il change, il est daté, et la version qui compte pour vous est celle en vigueur à la clôture de l’exercice concerné.

C’est exactement pour ça qu’on ne peut pas se contenter de « lire le BOFiP ». Il faut savoir lequel, à quelle date, et jusqu’où il vous engage.


BOFiP, CGI, jurisprudence : la hiérarchie des sources (celle qui vous sauve en contrôle)

Trois textes parlent du CIR. Ils n’ont pas le même poids, et confondre les trois est l’erreur qui coûte le plus cher en contrôle.

1. La loi — l’article 244 quater B du CGI. C’est le fondement légal du crédit d’impôt recherche. Cet article du Code général des impôts pose les règles : quelles entreprises, quelles activités de R&D, quelles dépenses, quels taux, quels plafonds. Tout le reste en découle. Quand la loi de finances modifie le CIR (comme en 2025), c’est cet article qu’elle réécrit. La loi prime toujours.

2. La doctrine — le BOFiP. L’administration ne peut pas se contenter du texte brut : elle doit dire comment elle l’applique. Qu’est-ce qu’une « incertitude scientifique » ? Un « organisme agréé » ? Une dépense « affectée » à la recherche ? Le BOFiP répond, avec des exemples, des tolérances, des précisions que la loi ne donne pas. La doctrine commente et interprète l’article 244 quater B — elle ne le remplace pas.

3. La jurisprudence — le Conseil d’État et les cours administratives d’appel. Quand un litige CIR arrive devant le juge, celui-ci tranche. Ses décisions font autorité et peuvent annuler une position du BOFiP jugée illégale. La jurisprudence a ainsi précisé, au fil des années, la notion de R&D, le sort des dépenses de personnel de soutien, ou les contours de la sous-traitance.

Voici la subtilité que beaucoup d’articles ratent. En principe : loi > doctrine, et la jurisprudence peut faire tomber la doctrine. Mais — et c’est le cœur du réacteur — la doctrine publiée vous est opposable même quand elle est plus favorable que la loi. Si le BOFiP vous accorde une tolérance que la loi stricte ne prévoit pas, vous pouvez l’invoquer, et l’administration ne peut pas se raviser à vos dépens. C’est la garantie de l’article L80 A du Livre des procédures fiscales. À l’inverse, si la doctrine est moins favorable que la loi et que vous préférez vous appuyer sur le texte légal, vous le pouvez : personne ne peut vous imposer une doctrine défavorable contra legem.

Concrètement : la loi est votre socle, le BOFiP est votre bouclier, la jurisprudence est votre arbitre quand les deux se contredisent. En contrôle, on cite les trois — dans cet ordre.


Où vit le CIR dans le BOFiP : la carte complète de la série BOI-BIC-RICI-10-10

Tout le crédit d’impôt recherche tient dans une branche unique du BOFiP : la série BOI-BIC-RICI-10-10. C’est là que se trouve toute la doctrine. Le problème, c’est que personne ne vous en donne le plan complet — vous cliquez de sous-page en sous-page en espérant tomber sur la bonne.

Voici la carte. Chaque ligne : l’identifiant, ce qu’il contient, et à quoi il sert pour votre dossier. C’est la table des matières que l’administration ne vous fournit jamais d’un seul tenant.

Identifiant BOFiPIntitulé (ce qu’il contient)À quoi ça sert dans votre dossier
BOI-BIC-RICI-10-10Index général du CIR (page-mère)Le point d’entrée : arborescence et permaliens de toute la série
BOI-BIC-RICI-10-10-10Champ d’applicationQui a droit au CIR et pour quelles activités
BOI-BIC-RICI-10-10-10-10Entreprises concernéesVérifier que votre société est éligible (régime réel, secteur)
BOI-BIC-RICI-10-10-10-20Activités de R&D éligiblesLa définition officielle : recherche fondamentale, appliquée, développement expérimental
BOI-BIC-RICI-10-10-20Dépenses de recherche éligiblesLe cœur de l’assiette : ce que vous pouvez déclarer
BOI-BIC-RICI-10-10-20-10Dotations aux amortissementsMatériel et immobilisations affectés à la R&D
BOI-BIC-RICI-10-10-20-20Dépenses de personnel et forfait de fonctionnementChercheurs, techniciens, et le forfait de frais de fonctionnement
BOI-BIC-RICI-10-10-20-30Dépenses externalisées (sous-traitance)Opérations confiées à des organismes agréés, plafonds
BOI-BIC-RICI-10-10-30Détermination du crédit d’impôtLe calcul du montant
BOI-BIC-RICI-10-10-30-10Taux applicable30 % / 5 %, seuil de 100 M€
BOI-BIC-RICI-10-10-30-20Modalités de calcul particulièresSubventions, avances remboursables, dépenses de conseil
BOI-BIC-RICI-10-10-40Dépenses du secteur textile-habillement-cuirLe « crédit d’impôt collection » (régime spécifique)
BOI-BIC-RICI-10-10-45Dépenses d’innovation des PME — CIILe crédit d’impôt innovation, cousin du CIR
BOI-BIC-RICI-10-10-50Utilisation du crédit d’impôtImputation sur l’impôt, report, remboursement
BOI-BIC-RICI-10-10-60Obligations déclaratives et de contrôleLe formulaire 2069-A-SD, la documentation, le contrôle

Et le CIR ne s’arrête pas à la série RICI. Deux branches voisines sont décisives et ne figurent sur aucune carte concurrente :

  • BOI-SJ-RES (série « Sécurité juridique – Rescrits ») : le rescrit CIR, cette demande formelle qui sécurise votre éligibilité en amont. On y revient plus bas.
  • BOI-CF-PGR (série « Contrôle fiscal – Procédures de rectification ») : les garanties du contribuable et le régime de vérification propre au contrôle fiscal du crédit d’impôt recherche.

Astuce de lecture. Vous cherchez une règle précise ? Partez toujours de la page-mère BOI-BIC-RICI-10-10, puis descendez. La numérotation suit l’ordre logique d’un dossier : qui → quelles dépenses → combien → comment l’utiliser → quelles obligations. Les permaliens et les dates de version se consultent directement sur bofip.impots.gouv.fr : c’est là que vous vérifiez la version en vigueur pour votre exercice.


Décoder un identifiant BOI : ce que personne ne vous explique

BOI-BIC-RICI-10-10-20-30. Sur le papier, un charabia. En réalité, une adresse postale parfaitement lisible une fois qu’on connaît le code. Décomposons-la segment par segment — c’est la lacune que même les meilleurs guides admettent ne jamais combler.

SegmentSignificationTraduction
BOIBulletin Officiel des Impôts« Ceci est un commentaire administratif officiel »
BICBénéfices Industriels et CommerciauxLa catégorie fiscale d’imposition concernée
RICIRéductions et Crédits d’ImpôtLe thème : on est bien dans les crédits d’impôt
10-10Position dans l’arborescenceLa branche « crédit d’impôt recherche »
-20Niveau 3« Dépenses de recherche éligibles »
-30Niveau 4« Dépenses externalisées / sous-traitance »
-AAAAMMJJSuffixe de dateLa date de la version (par ex. -20250630 désignerait une version publiée le 30 juin 2025)

Trois réflexes une fois que vous savez lire ces adresses :

  1. La date dans l’identifiant n’est pas décorative. Le suffixe à huit chiffres (format AAAAMMJJ) indique le jour de publication de la version affichée. Si votre exercice CIR est clos au 31 décembre 2024, ce n’est peut-être pas cette version qui s’applique à vous (voir la section sur les versions archivées).
  2. Un même sujet peut exister en plusieurs versions. Le BOFiP conserve l’historique. Une phrase supprimée par une mise à jour reste pleinement opposable pour les exercices antérieurs.
  3. Le permalien est stable. Chaque identifiant renvoie à une URL fixe sur bofip.impots.gouv.fr. C’est cette URL, avec sa date, que vous citez dans un dossier ou une réponse à l’administration — jamais une capture d’écran.

Voilà. Vous venez de gagner le réflexe qui manque à la plupart des dirigeants : lire une référence BOFiP comme un fiscaliste.


La doctrine CIR, section par section

Maintenant qu’on sait où regarder et comment lire, entrons dans le contenu. Voici ce que dit réellement la doctrine, traduit en français courant.

Qui est éligible (BOI-BIC-RICI-10-10-10)

La doctrine reprend la logique de l’article 244 quater B du CGI : sont concernées les entreprises industrielles, commerciales ou agricoles imposées d’après leur bénéfice réel (de plein droit ou sur option), quels que soient leur forme et leur secteur. Une SAS de logiciel, un bureau d’études, une biotech, un industriel : tous peuvent y prétendre si leurs travaux relèvent de la recherche.

Et c’est là que le BOFiP est irremplaçable, parce qu’il pose la définition des trois activités éligibles (BOI-BIC-RICI-10-10-10-20), calquée sur le Manuel de Frascati de l’OCDE :

  • Recherche fondamentale : acquérir de nouvelles connaissances, sans application visée à ce stade.
  • Recherche appliquée : viser une application pratique déterminée à partir de ces connaissances.
  • Développement expérimental : produire de nouveaux matériaux, produits ou procédés en levant une incertitude scientifique ou technique que l’état de l’art ne permet pas de résoudre.

Ce dernier point est le nerf de la guerre. La doctrine (relayée par la jurisprudence) articule trois critères : incertitude (le problème n’a pas de solution évidente), avancée par rapport à l’état de l’art existant, et démarche systématique (vous documentez une méthode, pas du bricolage). Une entreprise de logiciel qui optimise un algorithme en repoussant une limite connue de la science informatique fait de la R&D ; celle qui intègre des briques existantes, non.

Les dépenses éligibles (BOI-BIC-RICI-10-10-20)

C’est l’assiette. Les grandes catégories que la doctrine détaille :

  • Dépenses de personnel : rémunérations et charges sociales des chercheurs et techniciens directement affectés à la R&D.
  • Forfait de frais de fonctionnement : un forfait calculé sur le personnel et les amortissements (voir plus bas — le taux du volet personnel a changé en 2025).
  • Dotations aux amortissements des immobilisations (matériel, instruments) affectées aux opérations de recherche.
  • Dépenses de sous-traitance confiées à des organismes agréés (section dédiée ci-dessous).
  • Frais de brevets (prise, maintenance, défense) : ils restent éligibles.
  • Veille technologique : elle reste éligible, dans un plafond usuel de 60 000 € par an.

Pour le détail complet, poste par poste, voyez notre guide dédié aux dépenses éligibles au CIR et la page pilier crédit d’impôt recherche.

Le taux et le calcul (BOI-BIC-RICI-10-10-30)

Le taux du crédit d’impôt recherche en France métropolitaine, posé par l’article 244 quater B du CGI et commenté par la doctrine :

  • 30 % de l’assiette jusqu’à 100 millions d’euros de dépenses éligibles ;
  • 5 % sur la fraction au-delà de 100 M€.

Des majorations de taux peuvent s’appliquer dans certains territoires (outre-mer, Corse) selon les dispositions en vigueur. Ces taux territoriaux ne sont pas figés ici : reportez-vous à l’article 244 quater B du CGI et au BOFiP pour le taux exact applicable à votre implantation.

La doctrine précise aussi le traitement des subventions publiques et des avances remboursables, qui viennent en déduction de l’assiette. C’est un point technique où les erreurs sont fréquentes : une subvention encaissée pour un projet de recherche réduit d’autant la base de calcul du CIR. Pour la mécanique complète, voyez notre guide calcul du CIR.

Le tableau éligible / non éligible (à jour post-réforme 2025)

Ce tableau, personne ne le donne aussi net. Il synthétise la doctrine en vigueur après l’intégration de la loi de finances pour 2025.

DépenseÉligible au CIR ?Précision doctrinale
Salaires + charges des chercheurs / techniciens R&DOuiDirectement affectés aux opérations de recherche
Forfait de frais de fonctionnementOui40 % des dépenses de personnel + 75 % des dotations aux amortissements (depuis la LF 2025 ; 43 % auparavant)
Dotations aux amortissements du matériel R&DOuiBiens affectés à la recherche
Sous-traitance à un organisme agrééOui (plafonnée)Voir régime dédié ci-dessous
Sous-traitance à un organisme non agrééNonL’agrément est une condition, pas une formalité
Frais de brevets (prise, maintenance, défense)OuiRestent éligibles
Veille technologiqueOui (plafonnée)Reste éligible, plafond usuel de 60 000 € / an
Dispositif « jeunes docteurs » (doublement + forfait 200 %)Non (supprimé par la LF 2025)Abrogé pour les dépenses exposées à compter du 15/02/2025 ; le docteur reste du personnel R&D éligible au taux normal
Subventions publiques reçuesDéduitesViennent en déduction de l’assiette
Dépenses non affectées directement à la R&DNonFrais généraux, commercial, production courante

La sous-traitance (BOI-BIC-RICI-10-10-20-30)

Ici, la doctrine est stricte et c’est un terrain de contentieux majeur. Trois règles à graver :

  1. L’agrément est obligatoire. Les dépenses confiées à un tiers ne sont éligibles que si cet organisme est agréé au titre du CIR. La liste des organismes agréés est publiée par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR). Pas d’agrément, pas d’assiette : c’est aussi binaire que ça. Notre guide agrément CIR détaille la vérification à faire avant de contractualiser.
  2. Le plafonnement. Les dépenses de sous-traitance sont retenues dans certaines limites, selon les cas et selon la nature de l’organisme, et dans la limite d’un multiple des autres dépenses de R&D de l’entreprise. Ces plafonds sont spécifiques : vérifiez-les dans la version en vigueur du BOI-BIC-RICI-10-10-20-30, car ils ont évolué au fil des lois de finances.
  3. La non-facturation en cascade. Un organisme agréé qui réalise des travaux pour un donneur d’ordre ne peut pas, lui, compter ces mêmes travaux dans son propre CIR — règle anti-double-emploi.

Notre guide sur l’accompagnement en cabinet CIR explique comment sécuriser une chaîne de sous-traitance sans perdre l’éligibilité.

L’utilisation du crédit (BOI-BIC-RICI-10-10-50)

Le CIR s’impute sur l’impôt sur les bénéfices de l’année. Le solde non imputé est reportable sur les trois exercices suivants, puis remboursé. Bonne nouvelle pour la trésorerie : certaines entreprises (PME au sens communautaire, jeunes entreprises innovantes, entreprises nouvelles) bénéficient du remboursement immédiat de la créance. C’est souvent l’argument décisif pour une start-up déficitaire : le CIR devient du cash, pas une simple réduction d’impôt futur.

Les obligations déclaratives (BOI-BIC-RICI-10-10-60)

La doctrine renvoie à la déclaration via le formulaire 2069-A-SD et, au-delà de certains seuils de dépenses, à un état annexé décrivant la nature des travaux. On détaille ce pont doctrine → déclaration plus bas.


On fait le calcul à votre place : un exemple chiffré

Assez de règles. Prenons une PME de logiciel et déroulons la doctrine jusqu’au montant final. Toutes les valeurs sont fictives mais réalistes ; la méthode, elle, est celle du BOFiP.

Situation. Une SAS développe un moteur de recommandation en levant une incertitude algorithmique documentée. Sur l’exercice, elle engage :

  • Deux ingénieurs de recherche : 120 000 € de salaires + charges.
  • Du matériel R&D (serveurs, stations) : 10 000 € de dotations aux amortissements.
  • Une prestation confiée à un laboratoire agréé : 30 000 €.
  • Une subvention publique encaissée pour le projet : 20 000 €.

Étape 1 — Le personnel. On retient les 120 000 € de dépenses de personnel de recherche.

Étape 2 — Le forfait de fonctionnement. La doctrine applique 40 % aux dépenses de personnel et 75 % aux amortissements :

  • 40 % × 120 000 = 48 000 €
  • 75 % × 10 000 = 7 500 €

Étape 3 — Les amortissements. On ajoute les 10 000 € de dotations réelles.

Étape 4 — La sous-traitance. L’organisme étant agréé, on retient les 30 000 € (en supposant qu’on reste sous les plafonds).

Étape 5 — On déduit la subvention. Les 20 000 € de subvention publique viennent en déduction de l’assiette.

Assiette éligible : 120 000 + 48 000 + 10 000 + 7 500 + 30 000 − 20 000 = 195 500 €

Étape 6 — Le taux. On est très loin des 100 M€, donc 30 % : 30 % × 195 500 = 58 650 € de crédit d’impôt recherche.

Si cette SAS est déficitaire et remplit les conditions PME, ces 58 650 € peuvent lui être remboursés — du cash immédiat pour financer la R&D de l’année suivante.

Vous voulez la même chose pour vos propres chiffres ? Notre simulateur de crédit d’impôt recherche refait ce calcul en quelques minutes et vous renvoie une estimation indicative.


L’opposabilité : votre bouclier en contrôle (L80 A, L80 B, rescrit)

On arrive au vrai sujet, celui qui justifie à lui seul de comprendre le BOFiP. La question n’est pas « qu’est-ce que le BOFiP ? » — c’est « en quoi me protège-t-il ? »

L’article L80 A du LPF : la garantie contre les changements de doctrine

C’est l’article le plus important de tout ce guide. L’article L80 A du Livre des procédures fiscales pose un principe simple et puissant : l’administration ne peut pas vous redresser en se fondant sur une interprétation qui contredit sa propre doctrine publiée, dès lors que vous avez appliqué cette doctrine de bonne foi.

Traduction pour le CIR : si le BOFiP, à la date de votre exercice, vous accorde une tolérance ou une méthode de calcul, et que vous l’avez suivie à la lettre, l’administration ne peut pas revenir dessus — même si, entre-temps, elle a changé d’avis, et même si sa doctrine était plus favorable que la loi. C’est ça, la « garantie contre les changements de doctrine ». Votre bouclier.

La contrepartie est exigeante : vous devez respecter la doctrine intégralement, pas « à peu près ». On ne pioche pas la partie favorable en ignorant les conditions. C’est tout ou rien.

L’article L80 B du LPF : le rescrit, votre protection sur mesure

L’article L80 A protège quand vous appliquez une doctrine générale. L’article L80 B, lui, ouvre le rescrit : une prise de position formelle et individuelle de l’administration sur votre situation de fait.

Pour le CIR, il existe un rescrit spécifique et précieux (dispositif de l’article L80 B 3° et 3° bis du LPF) : vous pouvez demander à l’administration — qui s’appuie sur l’expertise du MESR ou d’organismes comme Bpifrance ou l’ANR — de valider à l’avance l’éligibilité de votre projet de recherche. Si l’administration ne répond pas dans le délai prévu (trois mois), l’avis est réputé favorable. La doctrine encadrant les rescrits vit dans la série BOI-SJ-RES.

La différence à retenir : le BOFiP (L80 A) vous protège sur les règles générales ; le rescrit (L80 B) vous protège sur votre cas précis. Le second est plus fort mais demande une démarche active. Notre guide sur l’accompagnement CIR explique quand la démarche de rescrit vaut le coup.

Quand la jurisprudence contredit le BOFiP

Cas de figure délicat mais fréquent : le Conseil d’État rend une décision qui va à l’encontre d’une position du BOFiP. Que faire ? Tant que l’administration n’a pas retiré sa doctrine, la doctrine publiée reste opposable au titre de L80 A. Vous pouvez donc, selon les cas, invoquer soit la jurisprudence (si elle vous est plus favorable), soit la doctrine encore en ligne. C’est un arbitrage fin — le genre de décision où l’on ne navigue pas à vue.


Vérifier la date et la version : l’ancienne doctrine reste-t-elle valable ?

En matière fiscale, la question « qu’est-ce que dit le BOFiP ? » est incomplète. La vraie question est : « qu’est-ce que dit le BOFiP à la date de mon exercice ? »

Parce que la doctrine change, et que c’est la version en vigueur à la clôture de l’exercice concerné qui s’applique. Un dossier CIR pour l’exercice 2024 se juge à l’aune de la doctrine 2024 — pas de celle mise à jour après l’entrée en vigueur de la réforme 2025.

Bonne nouvelle : le BOFiP archive ses versions. Voici la méthode, en trois gestes.

  1. Repérez la date dans l’identifiant. Le suffixe à huit chiffres (format AAAAMMJJ) donne la date de publication de la version affichée.
  2. Ouvrez l’historique. Chaque page BOFiP propose un accès aux versions antérieures (fonction « comparer les versions » / historique). Vous pouvez ainsi retrouver le texte tel qu’il était à la date qui vous concerne.
  3. Conservez la preuve. Notez le permalien et la date de la version que vous avez appliquée. En contrôle, c’est cette version archivée — pas la version courante — qui fonde votre bonne foi.

C’est un réflexe d’archiviste, et il est vital en fiscalité : une doctrine périmée appliquée par erreur à un exercice récent, ou l’inverse, et l’argument d’opposabilité tombe.


Ce qui a changé : la réforme 2025 intégrée au BOFiP

La loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) a modifié le CIR et le CII. Ces changements ont été intégrés à la doctrine officielle via la publication BOFiP ACTU-2025-00105. Pour l’essentiel, les dépenses concernées sont celles exposées à compter du 15 février 2025. Voici ce qui a bougé.

ChangementAvantAprès (LF 2025)
Forfait de fonctionnement (volet personnel)43 %40 % des dépenses de personnel (dépenses exposées à compter du 15/02/2025)
Forfait de fonctionnement (volet amortissements)75 %75 % (inchangé)
Dispositif « jeunes docteurs »Dépenses de personnel comptées pour le double sur 24 mois + forfait de 200 %Supprimé (art. 55 de la LF 2025)
Taux du CII (métropole)30 %20 % (depuis le 1er janvier 2025)
Prorogation du CIIJusqu’au 31 décembre 2027

Deux précisions utiles pour éviter les confusions les plus fréquentes.

  • Les frais de brevets et la veille technologique n’ont pas été supprimés. Les frais de prise, de maintenance et de défense de brevets restent éligibles, et la veille technologique reste retenue dans un plafond usuel de 60 000 € par an. Méfiez-vous des récapitulatifs qui affirment le contraire.
  • Le CII reste réservé aux PME au sens du droit de l’Union européenne. Son taux est de 20 % en métropole et de 60 % en outre-mer, dans la limite de 400 000 € de dépenses par an (soit un crédit maximal de 80 000 € par an en métropole). Le CII relève du régime d’aide d’État RGEC (règlement UE n° 651/2014) — et non du régime de minimis.

L’orientation générale sur le volet personnel du CIR est un léger resserrement du forfait. Pour les exercices « à cheval » sur le 15 février 2025, la ventilation temporelle des dépenses (avant / après cette date) est un point technique à manier avec soin : notre guide crédit d’impôt recherche 2026 fait le point sur les millésimes récents, et notre comparatif CIR vs CII aide à orienter chaque dépense vers le bon dispositif.


Du BOFiP au formulaire 2069-A-SD : le pont vers votre déclaration

À quoi bon toute cette doctrine si on ne sait pas où la reporter ? Voici le lien entre chaque bloc du BOFiP et votre déclaration réelle. Le CIR se déclare via le formulaire 2069-A-SD (et son état annexé au-delà de certains seuils de dépenses), reporté ensuite sur votre liasse fiscale (relevé de solde 2572 / 2573 selon le régime).

Bloc de doctrine (BOFiP)Ce que vous reportez sur le 2069-A-SD
BOI-BIC-RICI-10-10-20-20 (personnel + forfait)Cadres « dépenses de personnel » et « frais de fonctionnement »
BOI-BIC-RICI-10-10-20-10 (amortissements)Cadre « dotations aux amortissements »
BOI-BIC-RICI-10-10-20-30 (sous-traitance)Cadre « dépenses de recherche externalisées »
BOI-BIC-RICI-10-10-30-20 (subventions)Ligne de déduction des subventions et avances
BOI-BIC-RICI-10-10-30-10 (taux)Application du taux → montant du crédit
BOI-BIC-RICI-10-10-50 (utilisation)Imputation / demande de remboursement

Autrement dit, chaque case du formulaire a sa page de doctrine. En cas de question de l’administration sur une ligne, vous savez exactement quel BOI ouvrir pour justifier votre traitement. C’est cette rigueur-là qui fait la différence entre un dossier qui se défend et un dossier qui s’effondre.

Pour construire votre dossier de bout en bout, appuyez-vous sur nos ressources : le hub de guides, la page pilier crédit d’impôt recherche, et si vous voulez une lecture experte de votre situation, un accompagnement en cabinet.


Comment se servir du BOFiP au quotidien (la méthode en 5 gestes)

Pour finir, la routine que nous appliquons nous-mêmes à chaque dossier — et que vous pouvez reproduire.

  1. Partez de la loi. Ouvrez l’article 244 quater B du CGI pour le principe. La doctrine ne se lit jamais hors-sol.
  2. Descendez dans la bonne branche. Page-mère BOI-BIC-RICI-10-10, puis la sous-section qui correspond à votre question (dépense ? taux ? sous-traitance ?).
  3. Vérifiez la date. Le suffixe de l’identifiant doit correspondre à votre exercice. Sinon, ouvrez la version archivée.
  4. Notez le permalien. Copiez l’URL officielle et la date : c’est votre preuve d’opposabilité.
  5. En cas de doute sur votre cas précis, sécurisez. Rescrit CIR (L80 B) pour une validation en amont, ou avis d’un professionnel. La doctrine générale vous couvre sur les règles ; le rescrit vous couvre sur vous.

Passez de la doctrine à l’action

Vous savez désormais lire le BOFiP CIR mieux que la plupart des dirigeants — et sans doute mieux que le stress d’un premier contrôle ne le laisse croire. Reste à traduire cette compréhension en euros et en sécurité.

Estimez votre crédit maintenant. Notre simulateur de crédit d’impôt recherche applique la logique de la doctrine à vos propres chiffres et vous renvoie une estimation indicative en quelques minutes.

Sécurisez votre dossier. Si les enjeux sont importants, ou si votre situation comporte de la sous-traitance, des subventions ou un exercice « à cheval » sur la réforme, faites relire votre approche par un cabinet spécialisé CIR. Une lecture experte de la doctrine appliquée à votre cas, c’est le meilleur bouclier avant un contrôle.


Sources

Notre méthode complète de vérification des faits fiscaux est décrite sur notre page méthodologie et notre identité éditoriale sur la page à propos.

Questions fréquentes

Vos questions sur ce sujet

Qu'est-ce que le BOFiP ?
Le BOFiP (Bulletin Officiel des Finances Publiques – Impôts) est la base unique, gratuite et en ligne où l'administration fiscale publie sa doctrine, c'est-à-dire son interprétation officielle des textes. Créé le 12 septembre 2012, il consolide en un seul endroit ce qui était auparavant dispersé (instructions, circulaires, réponses ministérielles). Ce n'est pas la loi : c'est la façon dont l'administration s'engage à l'appliquer.
Le BOFiP est-il opposable à l'administration fiscale ?
Oui, c'est même son principal intérêt. En vertu de l'article L80 A du Livre des procédures fiscales, l'administration ne peut pas vous redresser sur le fondement d'une interprétation contraire à sa doctrine publiée, dès lors que vous l'avez appliquée de bonne foi, et cela vaut même si la doctrine est plus favorable que la loi. Condition impérative : respecter la doctrine intégralement.
Quel BOFiP s'applique au crédit d'impôt recherche ?
Toute la doctrine CIR se trouve dans la série BOI-BIC-RICI-10-10 (BIC – Réductions et Crédits d'Impôt) : champ d'application, dépenses éligibles, calcul, taux, utilisation et obligations déclaratives. S'y ajoutent la série BOI-SJ-RES (rescrits) et la série BOI-CF-PGR (contrôle fiscal), qui concernent aussi le CIR.
Où trouver le CIR dans le BOFiP ?
Le point d'entrée est la page-mère BOI-BIC-RICI-10-10 sur bofip.impots.gouv.fr. De là, vous descendez vers la sous-section utile : -10 pour l'éligibilité, -20 pour les dépenses, -30 pour le taux et le calcul, -45 pour le CII, -50 pour l'utilisation, -60 pour les obligations. La carte complète de ce guide donne chaque identifiant avec son intitulé.
Que dit l'article 244 quater B du CGI ?
L'article 244 quater B du Code général des impôts est le fondement légal du crédit d'impôt recherche : il définit les entreprises éligibles, les activités de R&D concernées, les dépenses retenues dans l'assiette et les taux (30 % jusqu'à 100 M€ de dépenses éligibles, 5 % au-delà). Le BOFiP ne remplace pas cet article : il le commente et en précise l'application.
Comment lire un identifiant BOI-BIC-RICI ?
Segment par segment : BOI = Bulletin Officiel des Impôts ; BIC = Bénéfices Industriels et Commerciaux ; RICI = Réductions et Crédits d'Impôt ; les chiffres (10-10-20-30) situent la page dans l'arborescence ; le suffixe de huit chiffres au format AAAAMMJJ indique la date de la version. Cette date est essentielle : c'est la version en vigueur à la clôture de votre exercice qui vous est opposable.
Le BOFiP sur le CIR a-t-il été mis à jour en 2025 ?
Oui : la loi de finances pour 2025 (loi n° 2025-127 du 14 février 2025) a été intégrée à la doctrine via la publication BOFiP ACTU-2025-00105. Changements principaux : forfait de fonctionnement ramené de 43 % à 40 % des dépenses de personnel pour les dépenses exposées à compter du 15 février 2025, suppression du dispositif « jeunes docteurs », et baisse du taux du CII de 30 % à 20 % en métropole.
Les frais de brevets et la veille technologique sont-ils toujours éligibles au CIR ?
Oui : contrairement à une confusion répandue, les frais de brevets (prise, maintenance, défense) et la veille technologique (plafond usuel de 60 000 € par an) restent des dépenses éligibles au CIR. La loi de finances 2025 n'a pas supprimé ces postes.
Le dispositif « jeune docteur » existe-t-il encore ?
Non : le dispositif de faveur (dépenses de personnel comptées pour le double pendant 24 mois et forfait de fonctionnement de 200 %) a été supprimé par la loi de finances 2025, pour les dépenses exposées à compter du 15 février 2025. Le docteur reste toutefois du personnel de R&D éligible au taux normal, avec le forfait de 40 %.
Quelle est la différence entre le BOFiP et le Code général des impôts ?
Le CGI est la loi : voté par le Parlement, il pose les règles (article 244 quater B pour le CIR). Le BOFiP est la doctrine : l'interprétation que l'administration en donne, avec exemples et tolérances. La loi prime, mais la doctrine publiée vous est opposable même quand elle est plus favorable que la loi : c'est toute la force du BOFiP.
Comment utiliser le BOFiP en cas de contrôle fiscal du CIR ?
Pour chaque poste de dépense contesté, vous identifiez la sous-section du BOFiP en vigueur à la date de l'exercice et vous démontrez que vous l'avez appliquée à la lettre. Vous invoquez l'article L80 A du LPF pour opposer cette doctrine à l'administration. Conservez les permaliens et versions archivées : c'est votre preuve. Pour un cas validé en amont, le rescrit (L80 B) offre une protection encore plus forte.
Le CIR et le CII sont-ils cumulables selon le BOFiP ?
Une même entreprise peut bénéficier du CIR (dépenses de recherche) et du CII (dépenses d'innovation, réservé aux PME), mais jamais sur les mêmes dépenses : pas de double comptage. Le CII est traité dans la sous-section BOI-BIC-RICI-10-10-45.
Une ancienne version du BOFiP reste-t-elle opposable ?
Oui, pour les exercices auxquels elle s'appliquait : c'est la doctrine en vigueur à la clôture de l'exercice concerné qui fait foi. Le BOFiP archive ses versions antérieures ; vous pouvez donc opposer à l'administration le texte tel qu'il existait à la date de votre déclaration, même s'il a été modifié depuis. D'où l'importance de noter la date de la version appliquée.
Quelle est la différence entre le BOFiP et un rescrit fiscal ?
Le BOFiP est une doctrine générale, valable pour tous, opposable via l'article L80 A. Le rescrit est une prise de position individuelle de l'administration sur votre situation précise, opposable via l'article L80 B. Pour le CIR, le rescrit « recherche » permet de faire valider l'éligibilité d'un projet en amont, avec accord tacite en l'absence de réponse sous trois mois.
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